L'Europe attaquée de toutes part : ouvrons les yeux et Agissons. Par Frédéric Lefebvre

 

Il est symptomatique que seuls les Européens ne mesurent pas combien l'Europe est leur chance. Il suffit de scruter l'attitude à notre endroit des Américains comme des Russes pour comprendre ce qui se dessine. Si l'Europe est attaquée c'est qu'elle est une grande puissance mondiale et qu'elle dérange. Au lieu de s'effacer au profit des nationalismes, elle doit s'émanciper.


Les deux grandes puissances historiques qui dominent le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, scénarisant leur bras de fer dans l'épisode de la guerre froide, obligeant les pays à se ranger derrière leur bannière, constatent dans un même élan une redistribution des cartes mondiales qui ne cesse de les inquiéter. D'un côté une Chine qui a fini par s'éveiller, comme le prédisait Alain Peyrefitte, et dans son sillage une Asie conquérante et de l'autre une Europe qui avance malgré les tempêtes, damant le pion au dollar et abritant les républiques de l'Est, les libérant du joug de Moscou.

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Les Américains ont parfaitement compris le danger de perdre leur suprématie. Le président Trump n'y va pas par quatre chemins, s'exprimant dans un meeting le 28 juin dernier : « Nous aimons les pays de l'Union Européenne. ( sous entendu pris isolément) Mais l'Union Européenne s'est construite, évidemment, pour profiter des États-Unis. Et savez-vous quoi ? Nous ne pouvons laisser faire une chose pareille. »

https://www.politico.eu/article/donald-trump-eu-was-set-up-to-take-advantage-of-us-trade-tariffs-protectionism


Depuis qu'Emmanuel Macron est identifié comme l'homme fort de l'Europe et qu'après une idylle à laquelle avaient intérêt les deux hommes, il lui résiste, le président Trump prend un malin plaisir à désigner Jean Claude Junker comme son interlocuteur légitime pour redéfinir un accord de libre échange et réviser l'OMC. Il efface au passage Angela Merkel, reprochant à l'Allemagne sa suprématie dans les échanges commerciaux. 

http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-18-4687_en.htm

Choisir son interlocuteur pour affaiblir l'axe franco-allemand et faire redescendre de son piédestal ce président français qui truste impunément les unes des magazines et des quotidiens aux US !


L'avantage de la stratégie de Donald Trump est sa lisibilité. Elle est frontale. Obliger la Chine et l'Europe à céder du terrain sur le plan économique.  Recréer un axe diplomatique et géopolitique, au besoin emprunt de tensions et de rapport de force, entre Américains et Russes. Scénariser, à l'image de ce qu'il a fait avec la Corée du Nord, un mano à mano avec Poutine.

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La stratégie des Russes est beaucoup plus souterraine même si elle tend également à capter la lumière et à recréer le duo américano-russe. Les Russes ont éprouvé la résistance de l'Europe dans les Balkans car ils craignent profondément un engouement pour l'Union européenne. La guerre en Ukraine, la tentative d'assassinat au Royaume Uni de l'ex espion russe Krispal et la guerre en Syrie sont autant de dossiers où inlassablement les Russes testent nos réactions. Alors ils poussent leurs pions. Et utilisent pour cela des modes opératoires adaptés à la guerre de communication moderne en utilisant la puissance des réseaux sociaux.


La candidature d'Hillary Clinton n'a cessé de les inquiéter tant elle incarnait une ligne Atlantiste. Trump avec son côté imprévisible en apparence était une chance de voir se distendre les liens entre les US et l'Europe notamment par l'affaiblissement de l'OTAN. C'est la raison pour laquelle ils se sont ingérés dans la présidentielle Américaine. Bien sûr ils n'ont pas fait l'élection comme certains veulent bien le dire, mais ils ont poussé, influé, agité.


Ils ont tenté la même chose contre Emmanuel Macron et la France, qu'ils perçoivent comme la seule puissance militaire européenne qui ose leur résister en Syrie et qui semble déterminante dans le maintien des sanctions contre leur pays. Alors pendant la présidentielle ils choisissent François Fillon, clairement en rupture avec la ligne diplomatique française à l'égard de la Russie puis Marine Le Pen, qui est un atout pour fissurer l'unité de la France. Ils assurent même le financement de sa campagne au travers d'une de leurs banques.


À l'image de ce qu'entreprend la "russosphère" aux Etats-Unis contre la candidate des démocrates, est déclenchée une opération visant Emmanuel Macron. Des comptes twitter dit "Russophiles", sont identifiés par l'association bruxelloise Disinfo lab, qui dénonce un activisme suspect : "Lors de l’élection présidentielle française, nous avons mené sur plus de trois mois une analyse de la propagation de contenus liés à Russia Today et Sputnik...Il s’agit d’une communauté cohérente de gens qui se suivent entre eux, se retweetent entre eux et partagent des intérêts communs. Beaucoup n'interagissent pas sous leur vrai nom et sont difficiles à tracer. A ce stade, nous ne sommes pas capables de préciser d'où ils viennent et de quelle façon ils ont été créés".

A l'époque Sputnik est montré du doigt par la presse Francaise pour avoir notamment véhiculé des rumeurs sur les liens entre le lobby homosexuels et le candidat Macron ou prétendu que les journalistes correspondant de la presse française à Moscou portaient des tee-shirts En Marche. L'organe de presse russe se défend en précisant avoir repris, à l'époque, des déclarations d'un député LR et du représentant LR à Moscou. Un journaliste de Sputnik, média Russe officiel le précise dans c-politique" sur France 5 le dimanche 12 mars 2017 ( environ de 10'45 à la 12'20)

https://mobile.france.tv/france-5/c-politique/29175-comment-les-medias-russes-travaillent-en-france-c-politique.html

La stratégie est semble-t-il toujours la même. S'appuyer sur une information liée à une actualité forte et véhiculer à cette occasion des fakenews pour amplifier le phénomène.

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L'Affaire Benalla, est une aubaine pour déclencher une opération de ce type. Une affaire d'états d'âme qu'ils analysent opportunément comme de nature à déstabiliser le président et cherchent à transformer en affaire d'Etat, en surfant sur l'alliance contre nature de toutes les oppositions en France, LR, LFI et RN.


Nicolas Vanderbiest, doctorant à l'Université Catholique de Louvain et fondateur d'EU Disinfo Lab, association de lutte contre la désinformation, a conduit une étude qui souligne que les 2 600 comptes les plus productifs en tweets comprennent, pour 27% d'entre eux, des correspondances avec la communauté russophile. Cela m'a conduit au nom d'Agir, à saisir officiellement la commission d'enquête présidée par Philippe Bas au Sénat.

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10156645121251926&id=163154081925

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Est-il difficile de comprendre la différence entre le pluralisme des médias qui permet des lignes éditoriales diverses et un outil de communication publique financé par un État, "adversaire", au plan géopolitique, dont la doctrine militaire prévoit expressément la maîtrise de l'espace informationnel ?  N'est-ce pas une forme d’arrogance française que de se croire à l'abri de telles stratégies qui conduit à une naïveté collective et à l'aveuglement ?

Les sarcasmes de certains journalistes ou de citoyens engagés, sur le thème “Vlad a payé mon tweet” pour décrédibiliser la mise en perspective d'une manipulation d'ampleur à l'occasion de l'affaire Benalla ne sont-ils pas tragiques ?
Comme s'il ne pouvait pas y avoir simultanément un acte grave commis par un chargé de mission à l’Elysée et une tentative d’amplifier l’affaire pour affaiblir le Président et augmenter les lignes de fractures de la société française.

Il est symptomatique qu'au même moment, le renseignement américain s'inquiète de l'ingérence russe dans les midterms aux US : « Nous nous attendons à ce que la Russie continue à utiliser la propagande, les réseaux sociaux, les hommes de paille, les porte-parole favorables et d’autres moyens pour monter une grande variété d’opérations destinées à attiser les divisions sociales et politiques aux Etats-Unis »,


https://mobile.lemonde.fr/ameriques/article/2018/02/13/le-spectre-de-l-ingerence-russe-plane-sur-les-elections-de-mi-mandat-de-novembre-2018_5256336_3222.html


La ligne constante des actions russes dans les pays occidentaux est de mettre du sel sur les plaies et susciter des affrontements en affaiblissant les acteurs identifiés comme russophobes ou dangereux pour les intérêts russes.

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La guerre économique que lance à l'Asie et à l'Europe le président Trump et la guerre stratégique que lance à l'union Européenne, à l'intérieur même du continent européen, le président Poutine doivent nous pousser à une seule attitude : défendre l'Europe et renforcer l'Union européenne.
Toute autre option est suicidaire.

Si l'Europe inquiète tant, dans un monde où les dangers de nouvelle guerre mondiale sont sur tous les fronts, faisons en un pôle de stabilité mondiale.

En multipliant les coopérations bilatérales, comme le CETA avec le Canada, devenu d'autant plus stratégique qu'il nous faut conserver une passerelle économique stable avec l'Amérique du Nord.

En misant sur le développement de l'Afrique. Les Américains, comme les Chinois et depuis peu les Russes, contrairement à nous, mesurent le formidable enjeu du développement de l'Afrique. Il suffit de voir les grands fonds d'investissement s'organiser en conséquence.
Alors même qu''une grande partie du continent africain parle Français et que certaines études aux Etats-Unis promettent à notre langue de devenir la première locution ou la seconde du Monde à horizon 50 ans, la France mésestime la chance que représente pour elle d'avoir une partie de sa populations aux racines africaines. Misons sur cet atout et cette jeunesse Francaise qui peu devenir une Force "évolutionnaire" en Afrique.
Engageons l'Europe sur cette voie d'avenir.

En engageant une nouvelle politique d'immigration européenne.
Ne laissons pas l'Europe aux mains des extrémistes par faiblesse sur la question de l'immigration.
Engageons une politique migratoire européenne offensive, qui protège les frontières de l'Europe et fasse de l'Union européenne le fer de lance des investissements économiques mondiaux sur le continent africain.

 

Si la France choisissait de se replier sur elle même, elle flatterait certes son égo mais finirait comme le célèbre village Gaulois si cher à Goscinny et Uderzo, résistant aux migrations qui s'annoncent de plus en plus massives avec la canicule qui rendra invivables tant de territoires sur la planète. L'Europe doit s'émanciper et devenir notre "potion magique" !

 

Frédéric Lefebvre est Ancien Ministre, Ancien député des Français d'Amérique du Nord, avocat et écrivain.

 

Le 08/08/2018

 

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